Le bloguepar Alfred
18 mai 2017

Le Jurançon : la noblesse d’une appellation

par Alfred

Une légende raconte qu’on baptisa le futur grand roi, Henri IV, au vin de Jurançon. Les textes disent qu’Henri II de Navarre, aussi appelé Henri d’Albret, qui avait acheté une vigne à Jurançon, a fait entrer son petit fils dans l’histoire avec «les lèvres frottées d’une gousse d’ail et humectées d’une goutte de Jurançon».  Produit sur 1000 hectares de vignes plantées au flanc des coteaux à grande dénivellation, le vin de Jurançon puise dans ses souches antiques son histoire royale.

Une ancienne noblesse

La viticulture avait débuté en Aquitaine avec les Romains, sous le règne d’Auguste. Le mot juransoo apparaît dès le Moyen Âge. On trouve une première transaction viticole dans la commune de Lucq-de-Béarn, à l’abbaye de Saint-Vincent, dès 988 et, dans les textes de lois de 1220, on cite le cépage mansenc.

Au 15ème siècle, les plus grands domaines sont aux mains des notables et les vicomtes du Béarn s’installent à Pau en 1460. C’est le début de l’âge d’or du vignoble.

Au 16ème siècle, les princes de Béarn et le parlement de Navarre introduisent le notion de « cru » suivant la valeur des parcelles, premières tentatives de classement en France, bien avant tous les autres vignobles, premières protections pour préserver l’authenticité des vins de Jurançon.

Le Jurançon était expédié par les voies navigables. Le voyage jusqu’à Bayonne était parfois hasardeux; il fallait avoir assez d’eau, le risque de violentes crues en cas de forte pluie était fréquent, les rapides plein de rochers ajoutaient des embûches.

À la fin du 16ème siècle, le vignoble royal du Jurançon disparaît, faute d’entretien, au long des Guerres de religion. S’il n’a prospéré qu’une vingtaine d’années il a contribué à la réputation naissante du terroir.

Dans toute la France, la consommation de vin augmente. La réputation que le vin de Jurançon a obtenue a deux conséquences : l’augmentation de la production et la présence d’une nouvelle population de producteurs, tentés par l’appât d’une nouvelle possibilité et de cépages indigènes.

Le purgatoire avant la renaissance

Selon les registres du début du 19ème siècle, le vignoble couvre près de 5 500 hectares mais il vivra une crise économique dans les années 1820, avant d’être ravagé par le phylloxéra et le mildiou comme beaucoup des vignobles français. La seule solution reste l’arrachage massif des plants de vigne et un greffage sur des plants américains de moins bonne qualité; la production perd alors sa réputation.

Le vin de Jurançon semble destiné à disparaître pour bientôt n’être plus qu’une légende à l’entrée de la première guerre mondiale. Au lendemain de 14-18, les vignerons ne peuvent plus vivre du fruit de leur vigne et les plus fragiles d’entre eux disparaissent.

Une entreprise désespérée se met en place afin de reconstituer le vignoble d’une manière ou d’une autre alors qu’en 1936 il entre dans l’AOC (une des premières de France). L’AOC « Jurançon » (uniquement pour le vin blanc moelleux) de 1936 permet une sélection scrupuleuse des terroirs et un retour à une certaine qualité. L’AOC « Jurançon sec » arrive beaucoup plus tard pour répondre à une forte demande, en 1975 alors que la mention « vendanges tardives » (la seule en France avec l’Alsace, et depuis les Coteaux du Layon) est obtenue en 1994.

Depuis les années 1980, de jeunes vignerons indépendants se structurent, créent une « route des Vins » et renouvèlent l’image du Jurançon. Parmi eux, figurent notamment Charles Hours, Henri Ramonteu et Georges Bru-Baché.

Il est indéniable que le Jurançon a retrouvé, à la fin du 20ème siècle, la qualité et le prestige qui ont fait sa renommée au cours de son histoire. Aujourd’hui cette petite appellation de 1000 hectares est en plein essor et fait partie des plus réputées de France.

Un terroir enchanteur autant que propice

Proche de Lourdes et Biarritz, blotti dans des collines ensoleillées qui s’étagent dans un cadre enchanteur, entourées de palmiers, de bananiers, des terrasses du château de Pau et de la majestueuse chaîne des Pyrénées, le vignoble du Jurançon est magnifique dès le premier regard.

Pour exploiter les meilleurs terroirs souvent très en pentes, il peut être planté en terrasses qui prennent parfois la forme d’un amphithéâtre. Les vignes sont plantées entre 300 et 400 mètres d’altitude.

Rigueur montagnarde, douceur océanique et chaleur méridionale sont les trois composantes du climat qui font du Jurançon un vignoble unique. La rigueur montagnarde implique une implantation de la vigne en hauteur à cause des risques de gelées du printemps. La douceur océanique fournit une bonne répartition des pluies qui assurent un développement harmonieux de la vigne. La chaleur méridionale, et notamment le bel été indien du Béarn, qui ressemble à celui du Québec, avec le vent du sud, le foehn, permettent d’impliquer la surmaturation pour l’élaboration des grands moelleux.

Les vignes du Jurançon, alignées en bandes parallèles et exposées sud ou sud-ouest, sont ainsi affectées par la montagne, le foehn et l’océan.

Le vignoble est divisé par une ligne est-ouest : au sud, le sous-sol provient des sédimentations marines déposées avant et pendant la formation des Pyrénées; au nord, les sols terriens, composés de galets calcaires et d’argiles à graviers silicieux, ont été mis en place pendant la formation des Pyrénées.

Deux grands types de vins, deux AOC

Les vins moelleux associent la rondeur due au sucre et une pointe d’acidité qui assurent douceur, nerf et charpente. La robe est « or vert » pour les plus jeunes ou « vieil or » pour les plus vieux. Au nez ils développent des arômes de fleurs blanches, de miel, de grillé, de fruits confits. Ce sont des vins qui font partie de la famille prestigieuse des grands vins liquoreux de France.

Les vins secs ont la robe est plus ou moins dorée, nuancée de vert. Jeunes, ils développent des arômes floraux et fruités (souvent proches des fruits de la passion). Plus vieux on y trouve de l’amande grillée, des fruits secs. En bouche, ce sont des vins ronds, avec de la sève et de la longueur, des vins virils et de caractère.

Les vins, pour appartenir à l’une ou l’autre AOC, doivent provenir exclusivement de cinq cépages. Petit manseng et gros manseng, les cépages principaux, doivent représenter au moins 50 % de l’encépagement. Les courbu blanc, camaralet de Lasseube et lauzet sont les cépages complémentaires. Seuls les vins issus des petit et gros manseng peuvent bénéficier de la mention vendange tardive.

Bien qu’ils soient apparentés, le petit manseng et le gros manseng sont distingués séparément depuis plus de cinq siècles. Leur peau épaisse résiste très bien à la pourriture grise et permet une surmaturation sur souche. La plupart des vignerons pensent la destination du vin en fonction du terroir de la parcelle et de la date de récolte, plus que par le cépage. Le gros manseng est plus fertile et produit globalement moins de sucre que le petit manseng. Tous les deux ont la particularité de conserver une acidité importante, même en surmaturité ; cette particularité permet de donner un équilibre exceptionnel entre vivacité et sucre.

Pour bénéficier de l’AOC Jurançon sec , les vins doivent provenir de moûts récoltés à bonne maturité et présenter un pourcentage d’alcool naturel minimum de 11%.  Les vins doivent présenter une teneur en sucres résiduels au plus égale à 4 grammes par litre.

Pour bénéficier de l’AOC Jurançon, les vins doivent provenir de moûts récoltés à surmaturation et présenter un pourcentage d’alcool naturel minimum de 12%. Les vins doivent présenter une teneur en sucres résiduels au moins égale à 35 grammes par litre.

Le Jurançon sec convient bien aux poissons de rivière et aux volailles en sauce, est parfait avec les fromages de chèvre et les apéritifs salés, les coquillages, fruits de mer et la charcuterie. Le Jurançon sec se consomme dans l’année qui suit sa récolte ou avec trois à cinq ans de garde. Il se sert frais.

Le Jurançon moelleux est également conseillé frais. Classiquement, il convient très bien en apéritif et peut accompagner foie gras, fromages doux, roquefort et les bleus. Les vins peuvent se garder sept à quinze ans.

Une route des vins du Jurançon a été mise en place en 1994 et permet de découvrir le vignoble dans son contexte. Vous pouvez en apprendre plus sur le site qui lui est défié: http://www.vins-jurancon.fr.

2 vins, disponibles à la SAQ qui vous permettront de mieux apprécier ce patrimoine unique,

1 moelleux (AOC Jurançon)

Domaine Cauhapé Jurançon Symphonie de Novembre 2014, Code SAQ 10782510, à 38,00$

1 sec (AOC Jurançon Sec)

Vitatge Vielh Jurançon De Lapeyre 2011 (bio), Code SAQ 11629761, à 26,20$

Carte du Jurançon ©Dico du vin

AlfredL'expert en vin.

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