Le bloguepar Alfred
12 février 2019

Aux grands froids, les grands remèdes : Cognac ou Armagnac?

par Pascale Lemieux

Cette période de l’année est belle et bien arrivée. Pour les Québécois qui ne s’exilent pas dans le sud pour échapper au creux de l’hiver, il existe une panoplie d’activités et de loisirs pour profiter pleinement de la saison blanche. Quoi de mieux, après ces journées passées au grand air, que de se poser au bord du feu, une eau-de-vie à la main, pour se réchauffer? Dans la catégorie des eaux-de-vie de raisin, on retrouve notamment le cognac et l’armagnac, tous deux produites en France. Voyons ce qui les différencie et comment s’y retrouver selon les diverses maisons présentées, la législation et les indications de vieillissement.   

D’abord un peu d’histoire pour nous aider à dissocier les deux boissons. Le cognac est peut-être la plus connue des deux eaux-de-vie, mais l’armagnac a été reconnu comme étant le prédécesseur du cognac quant à sa production en France. Un fait simple explique ce phénomène : la situation géographique. Le cognac est produit au nord de Bordeaux et situé près de la mer, ce qui explique sa commercialisation plus facile ce qui lui assura sa renommée auprès des consommateurs en Angleterre et en Irlande au cours du 18esiècle. Sa popularité était à son comble lorsque le phylloxéra (une maladie dévastatrice de la vigne) frappa la France à la fin du 19esiècle. Il fallut attendre une bonne vingtaine d’années avant qu’on ne trouve un remède à ce fléau et, pendant ce temps, le scotch whisky avait désormais la cote comme étant le spiritueux le plus prisé mondialement. Depuis, le cognac n’a pas tout à fait retrouvé la popularité qu’il avait, mais les quatre principales maisons qui fournissaient la demande jadis sont toujours les mêmes qui dominent le marché aujourd’hui : Rémy Martin, Hennessy, Martell et Courvoisier. Quant à l’armagnac, il a longtemps été dans l’ombre du cognac notamment en étant situé plus loin dans les terres et, par le fait même, loin des routes du commerce, forçant donc ainsi à une consommation surtout locale. Quand le commerce reprit après la Seconde Guerre mondiale, des eaux-de-vie de moins bonne qualité d’armagnac mises sur le marché ont malheureusement teinté la réputation de ce spiritueux. À la différence du cognac, il n’y a pas autant de grandes maisons d’armagnac. En effet, ce sont plutôt des petits producteurs et une production artisanale qui dominent sur l’appellation.

En ce qui a trait la législation, la production de cognac comprend six crus : Grande Champagne, Petite Champagne, Bons Bois, Fins Bois, Bois Ordinaires, Borderies et Fine Champagne (assemblage des crus de Grande Champagne et de Petite Champagne). Les crus les plus réputés pour produire les meilleurs raisins sont issus de Fine Champagne et des Borderies. Le cognac doit être doublement distillé avec une chauffe directe dans des alambics charentais en cuivre. Il y est permis d’ajouter, en très faibles quantités, des copeaux de bois infusés au cognac, du caramel et des agents sucrants. L’eau-de-vie doit être vieillie au minimum pour deux ans en fût de chêne, les plus couramment utilisés étant d‘une contenance de 350 litres. Durant la distillation, certaines maisons telles que Rémy Martin gardent les lies (sédiment que l’on retrouve dans un vin après la fermentation qui est principalement formé de levures mortes) durant la distillation. D’autres, comme la maison Martell, retirent complètement les lies des vins avant de procéder à la distillation. Distiller le vin avec ses lies apporte à l’eau-de-vie intensité, complexité et une sensation riche en bouche. À l’opposé, ceux qui n’utilisent pas les lies dans les vins lors de la distillation visent à produire une eau-de-vie plus pure et délicate. Durant la vinification, les capsules à vis, la chaptalisation et l’utilisation de SO2 sont interdites. Les catégories VS et VSOP sont les plus populaires. Les cognacs VS représentent la plus jeune des eaux-de-vie, avec un assemblage de deux ans, tandis que les cognacs VSOP sont issus d’un assemblage de quatre ans.

La législation pour l’armagnac est quelque peu différente. D’abord, jusqu’à dix variétés de raisins sont permises sur l’appellation. La distillation peut être double comme le cognac ou dans un alambic à colonnes (alambic armagnacais). Trois grandes dénominations sont à retenir: Bas-Armagnac (les plus commercialisées, aromatiques et fruitées), Armagnac-Ténarèze (les plus puissantes qui ont un excellent potentiel de garde) et Haut-Armagnac (la plus petite production). La vente de spiritueux de catégorie de vieillissement plus que VSOP, donc XO ou vintage, sont plus importantes pour les armagnacs que pour les cognacs. Contrairement au cognac, il n’est pas rare de retrouver des armagnacs millésimés (tous les raisins doivent provenir de ce même millésime, mais les vins assemblés doivent avoir au moins dix ans d’âge). Au final, il en revient à dire que c’est une question de goût et d’occasion. Je vous laisse sur un coup de cœur d’un domaine familial qui remonte à quatre générations en arrière. La maison Delord propose des armagnacs millésimés, de 1900 à nos jours. 

AlfredL'expert en vin.

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