Le bloguepar Alfred
29 octobre 2018

Le vin orange vaut son pesant d’or.

par Pascale Lemieux

Ceux et celles qui croient voir le vin orange passer comme une tendance dernier cri, je n’en serais pas si certaine à votre place. En fait, ce type de vinification existe depuis belle lurette. D’anciennes traces de jarres en terre cuite (Qvevris) ayant contenu du vin remontant à plus de 6000 ans ont été trouvées dans le Caucase, en Géorgie. Cette trouvaille démontre le point de départ du vin orange, qui est au cœur même de l’origine du vin. 

Il est important avant tout de distinguer le vin blanc traditionnel du vin orange afin d’en comprendre mieux l’élaboration. Un vin blanc vinifié de manière traditionnelle passe inévitablement par le processus de pressurage des raisins qui a pour but d’extraire le moins de composés présents dans la peau du raisin possible tels que l’amertume et les tanins. Dans certains cas, pour obtenir des blancs aromatiques avec plus de rondeur, une vinification peut subir un léger foulage des raisins suivi par une période de macération pelliculaire pré-fermentaire. Cette dernière se fait à froid (T ° entre 5 à 15 °C), en prenant la précaution d’éviter l’oxydation du moût (ajout de gaz carbonique ou gaz neutre dans la cuve). Cette technique peut se faire sur une partie de la vendange ou la vendange entière des raisins et est bénéfique pour les variétés de raisins blancs aromatiques comme: le Gewurztraminer, le Riesling, le Muscat, le Sauvignon blanc et le Viognier. La macération peut varier en termes d’heures à quelques jours dépendant du type de vin souhaité, mais toujours à basse température.

Le vin orange, quant à lui, est élaboré à partir de raisins blancs et vinifié comme un vin rouge. C’est-à-dire que la période de macération pelliculaire est précédée par une fermentation en contact avec les pellicules en phase solide plutôt que liquide. Cette dernière a pour effet d’apporter des pigments, des arômes et des tanins au vin, lui conférant une robe caractéristique orangée au final, d’où il tire son nom «vin orange».  

Aujourd’hui, les vignerons qui s’inspirent de la méthode ancestrale de vinification venue de Géorgie (en amphores ou dans des qvevris) peuvent être comparés à des acrobates travaillants sans filet. L’élaboration est des plus naturelle. Il faut au départ des raisins de grappes entières issus d’une vendange saine puisqu’ils seront macérés et fermentés sans adjuvant et parfois ajoutés d’une quantité minimale de SO2 seulement à la mise en bouteille. Mais attention, tout vin qui a fait un séjour en amphore n’est pas automatiquement qualifié de vin orange, cela dépend de l’étape du processus de vinification à laquelle l’amphore a été utilisée. Par exemple, bien des vins sont élevés en amphores et sont qualifiés de vins blancs. Pour être dit «vin orange» à la mise en vente, le vin doit avoir été vinifié en amphore pour profiter de ce dernier qualificatif. Le seuil d’équilibre d’arômes et de tanins recherchés à la vinification est très fin puisque l’extraction a pour effet d’accentuer les points positifs autant que négatifs du raisin.

Le vigneron Josko Gravner est un fervent exemple qui fait connaître et maîtrise les techniques de vinification associées aux vins orange, soient la macération pelliculaire et l’élevage long en amphores. Sa cuvée Bianco Breg 2007 est l’obtention d’un travail minutieux à la vinification et d’élevage très long avant sa mise en vente qui contribue grandement à la complexité et la signature originale du vigneron. Le vin en question est élaboré à partir de Chardonnay, Sauvignon blanc, Pinot grigio et Riesling. Ces cépages sont d’abord fermentés séparément dans des amphores de Géorgie enterrées sous terre. Cette fermentation est obtenue spontanément à l’aide des levures indigènes des raisins sans aucune régulation de température. Ensuite, après pressurage des raisins, le vin est réintroduit dans les amphores pour une période prolongée d’au moins 5 mois avant de débuter le vieillissement dans de larges barriques en fût de chêne pour une période de 6 ans. Enfin, le vin est mis en bouteille, sans collage ni filtration. Le résultat est un vin complexe, doté d’arômes d’abricots séchés, d’écorces d’orange et de gingembre, le tout supporté par une acidité fraîche et vivifiante, une texture de tanins polis grâce à un vieillissement prolongé. Le fait que ce vin orange ait effectué un élevage en temps comparable à un vin jaune justifie la rareté et la valeur du produit, prisé par les plus fins connaisseurs. Disponible en faible quantité à la SAQ signature à Québec.

AlfredL'expert en vin.

Démarrez votre expérience Alfred dès aujourd'hui : S'abonner