Le bloguepar Alfred
9 octobre 2018

Qui dit automne, dit Gamay!

par Pascale Lemieux

Par Pascale Lemieux, Sommelière
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On peut dire que l’automne fait place à notre acclimatation au froid qui s’installe, mais c’est aussi une saison fantastique d’éveil des sens pour l’épicurien en nous. Pour ma part, je me délecte de promenades en forêt pour humer les odeurs de terre fraîche humide, de champignons, de fleurs, de fruits et d’épices qui y règnent. La nature nous offre un spectacle d’explosions de couleurs. Durant le dernier stade de développement de la feuille, qui peut être comparable à la robe d’un vin rouge qui prend de l’âge, cette dernière se transforme. Elle passe d’une couleur rouge grenat, au « tawny » et enfin au brun avant de se détacher de l’arbre et recouvrir le sol. Instinctivement, on se remet à la popote pour cuisiner des plats réconfortants aux saveurs en accord avec l’air ambiant. Les vins issus du gamay seront bien choisis cette saison pour accompagner nos moments de partage autour d’un bon repas jusqu’à l’arrivée de l’hiver.

L’existence et l’origine du gamay remontent au 14siècle en Bourgogne. Bien qu’il y fût arraché pour ne pas faire concurrence au pinot noir, on le garda dans le Beaujolais, son terroir de prédilection. On retrouve parmi les appellations régionales Beaujolais, Beaujolais Villages et une vedette qui contribua à la réputation du gamay, le Beaujolais Nouveau. Depuis 1951, cette appellation a engendré un mouvement marketing important qui invite les consommateurs à se rassembler chaque année à la suite des vinifications pour déguster le vin de primeur du nouveau millésime, et ce partout dans le monde. Depuis 1985, la date de sortie est fixée au 3jeudi de novembre. Ce phénomène, ayant pris beaucoup d’ampleur avec le temps, a été malheureusement victime de son propre succès. Afin de répondre à la forte demande et aux critères précis de ce style de vin, certains producteurs ont commencé à employer des procédés rapides d’élaboration allant jusqu’à dénaturer le produit. Parmi ces derniers, on retrouve, entre autres, le recours aux levures artificielles (accentuant l’arôme de banane) et la chaptalisation (ajout de sucre pour augmenter le taux d’alcool). Il existe cependant des vignerons qui œuvrent à contre-courant de cette tendance, hissant ainsi la réputation des vins de cette région. Ils utilisent des procédés naturels et traditionnels afin de produire des vins de qualité qui rendent hommage au cépage mythique.

Heureusement, les vins du Beaujolais sont loin de se limiter au Beaujolais Nouveau. Il existe douze appellations, dont dix sont communales (locales) et appelées « crus du Beaujolais » dans cette région. Parmi les crus les plus musclés et aptes à produire des vins de vieillissement, notons ; morgon, chénas et moulin-à-vent. Paradoxalement avec le Beaujolais Nouveau, qui est un vin élaboré rapidement et à boire en jeunesse, les vins issus des crus du Beaujolais peuvent être destinés à la garde et développer des arômes de vieillissement similaires au pinot noir. D’ailleurs, il n’est pas rare d’entendre l’expression « ça pinote » pour qualifier un gamay en dégustation avec des professionnels, souvent associée à ses arômes de sous-bois et de musc. Le gamay est un cépage à maturité précoce qui préfère les climats frais. Les terroirs granitiques et les parcelles en flanc de coteaux dans la région du Beaujolais conviennent à merveille pour contrer le haut rendement de la vigne qui, sur des sols trop fertiles, produirait des vins insipides avec un niveau moins élevé de fruit, anthocyanes et tanins. Malgré qu’il soit peu exigeant, le gamay n’en demeure pas moins sensible aux problèmes de pourriture au moment de la véraison, dû à sa peau mince et sa grappe compacte. La méthode de vinification par excellence, maintenant largement répandue par les pionniers du Beaujolais, est dite de « macération carbonique ». Cette dernière a l’avantage de rehausser les caractéristiques fruitées du cépage. Elle impose de faire des vendanges à la main pour prélever les grappes entières de raisins qui sont ensuite déposées dans une cuve hermétique (saturée de dioxyde de carbone). Cette méthode encourage la fermentation intracellulaire qui confère au vin des arômes typiques de fruits rouges frais et de faibles tanins.

Depuis son origine, le gamay se distingue aussi à l’extérieur du Beaujolais, notamment dans la région de Savoie, en Vallée de la Loire, dans le valais en Suisse et plus près de chez nous, dans la péninsule du Niagara en Ontario. Cet automne, laissez le gamay s’inviter à votre table comme compagnon des plus colorés et expressifs !

Je vous présente ici à la gauche, mon coup de coeur à plus bas prix et, à la droite, un produit pour quand je me lance dans une cuisine plus élaborée, tout en finesse ! À boire en bonne compagnie !

 

 

AlfredL'expert en vin.

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