Le bloguepar Alfred
2 juillet 2019

Garrus, la palme rose

par Sophie Lamontagne

par Sophie Lamontagne, sommelière au Coureur des Bois bistro gourmand

On croit à tort que le rosé est bas de gamme et destiné seulement aux terrasses estivales, alors que de magnifiques produits nous sont proposés à longueur d’année. Comment ne pas se laisser séduire par ces vins floraux, croquants et pleins de finesse? Mais quels sont ces rosés d’exception? L’un des plus grands, si ce n’est le plus grand, est incontestablement la cuvée Garrus du Château d’Esclans.

Garrus est le grand vin du domaine, situé en plein cœur du royaume des rosés, dans le Var. Cette belle région de Provence accueille la vigne depuis l’Antiquité alors que les Romains y étendaient leur empire. À un jet de pierre de Fréjus et Saint-Tropez, le Château d’Esclans jouit du climat local : sec, avec de fortes chaleurs en été et des hivers cléments. Si le château lui-même — ou, du moins, ses caves — date d’avant le XIIe siècle, son activité telle qu’on la connaît aujourd’hui est beaucoup plus récente. C’est en effet en 2006 que Sacha Lichine rachète le domaine d’une pension suédoise. Du raisin y était déjà produit, mais destiné à être vendu aux viticulteurs voisins. M. Lichine a cependant vu tout le potentiel que la région avait à offrir et en fut inspiré. Cet homme d’affaires émérite, littéralement tombé dans cette potion magique qu’est le vin étant petit, notamment grâce aux châteaux Prieuré-Lichine et Lascombes, propriétés de sa famille, croyait fermement qu’un grand vin pouvait être produit sur ce terroir remarquable.

D’autres cuvées sont aussi élaborées sous sa bannière. Outre Whispering Angel, Rocking Angel et les Clans (les autres rosés du domaine), le Château d’Esclans produit également un blanc et un rouge : Déesse Astrée et Déesse Diane. Garrus reste néanmoins le plus remarquable de la gamme. Son assemblage varie sensiblement d’une année à l’autre, mais le grenache — toujours issu de vieilles vignes des parcelles les plus qualitatives, certaines datant de quatre-vingt-dix ans — domine. Le rolle vient ensuite et, selon le millésime, la syrah complète le tout. Les vendanges s’effectuent manuellement, du lever du soleil jusqu’à midi, car le soleil provençal ne permet pas de travailler au-delà du zénith. Les raisins, triés deux fois, sont par la suite égrappés et pressés en trois jus. Le tout est ensuite savamment assemblé en ce jus de goutte, ce cœur de presse et cette fin de presse — comme ils sont appelés — avant d’exécuter la fermentation en demi-muids. En résulte alors la palme rose, un vin fin et délicat pourvu d’une élégante complexité et d’une texture soyeuse : Garrus, tout simplement.

Richard Nalley, de Forbes Magazine, dit que « [Garrus] porte le rosé à un niveau encore jamais atteint »; Tom Stevenson de Sotheby’s Wine Encyclopedia dit qu’il en est carrément tombé de sa chaise et Robert Parker lui-même qualifie ce dernier d’« éblouissant ». Un vin qui ne manque assurément pas d’éloges! On comprend alors pourquoi lorsque l’on en apprend sur l’équipe qui épaule Sacha Lichine pour ce projet : l’œnologue Patrick Léon, dont la vaste expérience ne laisse personne indifférent, il  notamment œuvré en tant qu’ancien directeur général pour le baron Philippe de Rothschild, les châteaux Mouton Rothschild et Armailhac, Opus One en Californie et Almaviva au Chili pour ne nommer que quelques-uns des domaines qu’il avait sous sa supervision. Terroir de rêve et travail exécuté par des maîtres vinicoles : voilà pourquoi Garrus ne peut être autrement qu’un grand vin.

Garrus 2017

Fringant et fort de sa jeunesse, le millésime 2017 charme avec sa structure vive et tendue. Son nez est raffiné et offre de ravissantes notes fruitées rappelant la canneberge et le sureau, puis de jolis arômes floraux. L’élevage en demi-muids se laisse deviner élégamment par un discret accent épicé. Sa bouche, quant à elle, est fraîche et sapide et sert de préambule à une finale sur l’amertume qui reste, malgré tout, travaillée toute en délicatesse.

Garrus 2013

D’une robe d’un saumon clair, presque translucide, la couleur de 2013 expose d’un simple regard toute la finesse du millésime. Le nez est délicat et floral, s’ouvrant sur des arômes de lys et d’aubépine. Viennent ensuite de légères notes de groseille, de datte et de muscade qui laissent finalement place à une finale légèrement fumée. La bouche, quant à elle, est suave et séductrice. La texture est remarquable par sa franchise et son corps sans tomber dans la vulgarité : on ne parle, ici, que d’élégance. La finale est longue et complexe, laissant sur la langue un souvenir d’une fraîcheur exquise.

 

AlfredL'expert en vin.

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