Le bloguepar Alfred
18 juin 2019

Jean-Claude Boisset: Cinq Années Plus Tard

par Pasquale Charland

En 2014, lors de ma dernière visite au Domaine Jean-Claude Boisset, Grégory Patriat, l’œnologue de la maison, était excité comme une puce à l’idée de parler du projet grandiose qui allait à jamais changer le visage de la maison. Les travaux commençaient à peine et on sentait déjà l’immensité de ce dernier. On a visé haut et fort, en choisissant l’architecte Frédéric Didier, en charge entre autres des travaux de rénovation à Versailles, avec le consultant en géobiologie Georges Prat. Pour l’architecte Frédéric Didier, il s’agit de sa première cuverie. Bourguignon d’origine, il a su allier ses compétences de mise en valeur du patrimoine pour une création à la fois contemporaine et traditionnelle, entre vigne et ville, à la croisée des vergers et de l’histoire, entre terre et ciel.

Nous voici cinq ans plus tard après des travaux d’envergure que la cuverie a subie pour se refaire une grande beauté; c’est tout simplement majestueux! C’est l’adjectif qui me vient en tête en premier. Ce projet marque à lui seul une étape architecturale importante en Bourgogne, en matière de cuveries de vinification. Jusqu’ici, les Bourguignons avaient privilégié le fonctionnel et la technique, l’esthétique étant réservée à quelques réalisations de plus petite taille. Avec cette dernière, on entre dans une nouvelle ère, celle du monumental allié au beau, à l’artistique presque, tout en ayant bien sûr les toutes dernières innovations en matière de techniques œnologiques. Une conception inhabituelle qui réunit les aspects techniques au savoir-faire traditionnel, conçue comme un cocon destiné à révéler l’excellence des vins signés par Grégory Patriat. On parle ici d’un projet où M. Boisset voulait vraiment se faire plaisir. Rien n’a été laissé pour contre. Il a un goût certain, raffiné, il aime le beau et le vrai. Rien de clinquant. Tout se joue dans la simplicité, l’harmonie, avec des matériaux nobles qui respectent leurs valeurs et l’environnement. L’impressionnante cave des Ursulines a vu le jour juste à temps pour les dernières vendanges de 2018.

Aujourd’hui dans cette visite, Grégory très fier, me présente la toute nouvelle cuverie située sur l’emplacement historique de l’ancien couvent des Ursulines, bâtit en 1634 et occupé jusqu’à la Révolution Française, comme quelque chose de vraiment spectaculaire à qui on a réellement refait une beauté! On commence inévitablement à l’extérieur, par ce toit végétalisé qui fait l’envie de toute la Bourgogne depuis qu’il existe.

De forme arrondie, le toit fait une quinzaine de mètres de hauteur (du sommet, on a une vue imprenable sur la ville de Nuits-Saint-Georges et les coteaux). Il est recouvert d’un mètre de terre et planté de pieds de vigne producteurs de raisins de bouche. « C’est une colline artificielle dont l’objectif est de marquer une continuité dans le paysage et de faire rentrer la vigne dans la ville », explique Grégory.

Du sommet, un œil de verre éclaire naturellement la cuverie de 1 500 m2. Elle nous dévoile son visage, sa rondeur sous la lumière du vitrail mystique, ses caves voûtées, son cœur de verre, dédié aux dégustations, qui nous isole dans un endroit où l’air est contrôlé pour que rien ne vienne altérer ni le nez ni le goût du vin.

Une salle multimédia où défilent avec les dernières technologies des images du domaine et des vins de la maison. Lieu magique en plein cœur de la réserve où l’on fait face aux nombreux tonneaux de vin blanc qui vieillissent sagement dans un lieu complètement refait avec la pierre de Corton, emblème de la région.

Le chai à vins rouges, quant à lui, avec son toit arrondi dont l’éclairage rappelle « un ciel étoilé un soir de vendanges » est entièrement équipé de 54 cuves de 15 à 55 hl disposées en cercle. Les rondeurs sont importantes partout et elles favorisent une meilleure vinification. Les cuves sont remplies depuis le haut par des petits wagonnets qui circulent sur une passerelle avant de déverser les raisins dans les cuves.

À l’étage en dessous de la fameuse cuverie se trouvent de vastes caves où les trésors du passé y sont préservés; celles-ci datent des 18e et 19e siècles.

Après avoir fait le tour du grand domaine, dans les jardins à la Française où se croisent en son axe tellurique (tellurique : L’alignement géométrique des sites sacrés), le vortex, et en son axe historique, la sphère couleur miel face au promontoire, nous nous rendons dans les jardins invitants où l’on a envie de s’arrêter afin d’y observer chacun des fins détails, tous réfléchis qui font de cette majestueuse construction un lieu unique et magnifique. Un lieu vibrant où l’énergie de l’homme et du cosmos se rencontrent et s’unissent pour révéler l’excellence des vins.

Les longues allées couvertes d’arches, rappellent l’ancien couvent des Ursulines, la pierre taillée qui recouvre les murs, en est une fait à la main et posée une à une, un travail à lui seul qui nécessité des mois et des mois.

Des œuvres d’art et des pièces de collection choisies soigneusement viennent embellir le hall d’entrée qui ma foi à lui seul vaut le détour avec son grand escalier en chêne qui donne accès à la cuverie elle-même.Le chêne, le verre, la pierre, l’acier, les feuilles d’or et tout ça dans une ambiance épurée, presque religieuse. Bois non traités, peintures bio, sols en carrelage sans résine… C’est un bâtiment sans chimie. Les cuves sont thermorégulées, il n’y a pas de climatisation dans la cuverie; le toit assure une isolation très efficace, nous avons pu le constater l’été dernier, assure Grégory. Un écrin de beauté sans pareil, un milieu d’élevage unique!

Bientôt la maison sera magnifiée, on pense déjà à une petite sœur révolutionnaire en hommage aux sœurs Ursulines chassées pendant la Révolution française. En effet, un permis de construire a été octroyé récemment pour faire écho à cette construction hors du commun; un permis de construire un édifice encore plus extraordinaire et totalement inédit pour exalter la vibration naturelle des vins. Il sera posé sur le dôme actuel, on parle ici d’un dôme inversé de 25 mètres, réceptacle naturel et conducteur des énergies cosmiques et  réalisé en pierre de taille dans une veine rose de Premeaux, le village voisin. Placé en sens inverse et dans un mouvement de double ellipse très impressionnant. Celle que l’on nommait la nouvelle colline de Nuits-Saint-Georges n’a certainement pas fini de faire parler d’elle…

AlfredL'expert en vin.

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