Le bloguepar Alfred
21 juin 2016

La renaissance québécoise des vins grecs

par Alfred

Il n’y a pas si longtemps, le gastronome québécois qui s’aventurait à commander un vin grec dans une des populaires psarotaverna de l’époque, se retrouvait devant un choix limité et peu inspirant, qui ne reflétait pas la fraîcheur et la lumière qu’évoquait la cuisine qu’il devait accompagner.

Un secret bien gardé

Combien d’entre nous avons eu le palais décapé par un ou l’autre des quelques retsinas bas de gamme, au parfum de térébenthine, qui étaient les seuls vins grecs disponibles? On finissait par se dire que ce parfum de sapin devait être la rançon de l’exotisme et qu’il fallait ouvrir ses horizons, en avalant un peu de travers.

En dehors du résiné de basse qualité, nous ne connaissions au Québec que quelques vins d’entrée de gamme, ainsi que le fameux Muscat de Samos. On reléguait alors la notion de vin grec dans son arrière-palais, comme un truc exotique et sans grand intérêt, associé à la brochetterie du coin de la rue.

Encore, il y a moins de dix ans, quand le sommelier d’origine grecque Théo Diamantis ouvrit ici son agence Oenopole, il se heurta à beaucoup de résistance dans l’importation de vins de son pays natal. « On me disait constamment que les vins grecs étaient des vins peu coûteux, pour l’ordinaire de tous les jours. »

Ici, comme ailleurs, semble-t-il, le vin grec restait un secret bien gardé et sa consommation à l’étranger restait le propre d’expatriés. Il y a 11 millions de Grecs en Grèce et il y en aurait autant à l’extérieur du pays.

 Les maîtres vignerons de l’Antiquité

Pourtant, ce sont les Grecs de l’Antiquité qui ont complètement changé l’art de faire du vin, restructurant l’image et la notoriété de ce qui n’était qu’un processus archaïque associé avec l’agriculture. Ce sont même eux qui ont développé la notion de sommelier !

Après tout, dans la Grèce antique, le culte au dieu du vin et du théâtre Dionysos (Bacchus chez les Romains) était accompagné d’un cérémonial complexe qui s’étalait sur plusieurs jours. Les fouilles archéologiques ont prouvé que la consommation du vin grec était répandue d’un bout à l’autre de la Méditerranée. Pendant longtemps, seuls les vins exportés de Grèce ou de ses îles étaient considérés comme dignes des tables royales ou pontificales en Europe occidentale.

Les raisons pour la disparition des vins grecs dans les marchés internationaux sont multiples. D’abord, on détruisit beaucoup des vignes productrices de vins pour privilégier celles du corinthiaki, destiné à la production de raisins secs pour l’exportation. Ensuite, les diverses crises politiques et économiques privèrent le pays d’un marché d’exportation valable et le vin devint principalement un produit de consommation locale.

Une situation qui change

Quoiqu’il en soit, la situation est en train de changer dramatiquement chez nous. D’ailleurs, il y a un mois, dans l’infolettre Alfred des précieux conseils de la semaine du 20 mai, notre sommelier consultant Steven Molloy recommandait chaudement un Domaine Gerovassiliou 2015. Il le décrivait éloquemment ainsi: « Marqué par son acidité et sa minéralité, la bouche est nerveuse et fraîche avec sa finale citronnée. Excellent en apéro ou avec sushis. »

En ce moment, la SAQ offre une soixantaine de vins grecs, autant en rouges qu’en blancs et dans un ordre de prix variant d’une dizaine de dollars à 40,50 $. De plus en plus de grandes tables incluent des importations privées grecques exceptionnelles alors que les sommeliers les ajoutent à des accords de menus dégustation pour ouvrir les palais à des variantes inédites et remarquables.

Des événements comme le Salon des vins grecs et le développement d’une expertise face à ceux-ci de la part de nombreux sommeliers qui ont suivi l’exemple d’une Véronique Rivest ont contribué à ce récent état de choses.

Une révolution récente

Il faut dire que les grecs eux-mêmes n’ont commencé à prendre en main leur industrie viticole que récemment. Depuis environ 20 ans, de jeunes oenophiles très impliqués se sont mis à restructurer une production qui pouvait impliquer à l’origine des centaines de cépages autochtones très divers.

On a toujours l’impression que la Grèce est un pays aux maisons blanches, où il fait très chaud et qui est constamment inondé d’un soleil de plomb. On finit par en déduire que son terroir est uniquement composé de lots plantés sur du sol aride, n’offrant qu’un genre de vin.

Rien n’est plus faux. Si l’on retrouve en effet des paysages de ce type, dès qu’on monte vers le nord, on est frappés par la fraîcheur d’endroits comme le Péloponnèse et ses montagnes enneigées pendant une grande partie de l’année. Ces conditions, qui peuvent faire penser à celles du Jura, privilégient des cépages robustes et riches. De la même manière, les vents côtiers et constants des Cyclades ajoutent de la minéralité et un parfum de citrons aux raisins qu’on y cultive.

« Qui a besoin d’un autre Chardonnay? »

C’est certainement pourquoi cette jeune génération de producteurs, ayant étudié la vigne en Australie comme en Californie, avec un détour dans la vallée du Rhône, a décidé de se consacrer uniquement à des cépages complètement indigènes. Comme le résume si bien Yiannis Paraskevopoulos, une des stars de la nouvelle mouvance des vignerons grecs: «Qui a besoin d’un autre Chardonnay?».

Ce qui est fascinant c’est qu’en parallèle à leur attachement au terroir, ils ont eu l’attitude très moderne de se regrouper avec des agronomes et des oenologues afin d’optimiser la culture et les méthodes de vinification. Ils se sont concentrés sur deux ou trois douzaines de ces cépages uniques et les ont travaillés intensément, privilégiant la notion de mono-cépages afin de préserver à la fois l’unicité et la diversité de leurs terroirs jusque dans la bouteille.

Il en résulte des vins uniques, pleins d’originalité, de style européen mais avec la modernité de charpentes contemporaines. Pour la plupart, qu’ils soient mousseux, blancs ou rouges, ce sont des vins remarquables, sans défauts, qui courtisent avec bonheur les palais les plus exigeants. Ils sont modernes sans être modernistes ou racoleurs.

Vous boirez grec cet été…

Gageons que dans le courant de votre été 2016, vous accompagnerez votre pieuvre grillée d’un blanc de l’île de Santorin, fabriqué à partir d’assyrtiko et que c’est avec un rouge de Macédoine assemblé de xinomavro, évoquant le nebbiolo ou le dolcetto, que vous ferez exulter vos brochettes.

Et pour ce qui est du retsina, malheureusement, les quelques versions que nous avons au Québec sont un peu tristes, aromatisées à la gomme de pin pour masquer un mauvais vin. Consolez-vous en vous disant que cette gomme de pin était ce qui servait aux Grecs de l’Antiquité pour aider le vin à se conserver dans des amphores pas étanches, entreposées sur les toits des maisons, en plein été.

Par contre, partout à travers la Grèce vous pourrez en déguster qui ont la subtilité florale du romarin et la magie du savatiano. D’ailleurs, pour goûter ce que ce cépage peut offrir, vous pourrez trouver à la SAQ le Domaine Papagiannakos Savatiano 2015 qui vous enchantera.

Les sommeliers-partenaires Alfred ne sont pas en reste et pourront certainement faire de judicieuses recommandations de vins grecs par le biais ne nos outils.

 

Voici quelques ressources pour vous permettre de les découvrir mieux cet été.

 

Un guide de la SAQ des cépages grecs.

 

La liste SAQ des vins grecs disponibles en succursales et en ligne.

 

Une fascinante session d’information d’une heure en vidéo sur les vins grecs avec un panel d’experts. Par New Wines of Greece. (en anglais)

 

Tout le site de New Wines of Greece est une mine précieuse d’informations.

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