Le bloguepar Alfred
26 janvier 2017

Le toujours influent Robert Parker

par Alfred

Il a révolutionné la manière dont on critiquait le vin, appliquant des principes de rigueur et de compétence, autant qu’un aspect glamour, à un univers où régnait avant lui une sorte de flou artistique et des évaluations souvent basées sur les modes ou sur les initiatives de promoteurs de vin. Même si son étoile a un peu pâli au cours des dernières années, ses standards de rigueur et sa volonté d’être un réformateur demeurent bien présents.

Encore aujourd’hui, même si, en avril dernier, il a passé la main de la couverture des vins de Bordeaux du Wine Advocate à Neal Martin, il n’en demeure pas moins que chaque fois qu’on lui attribue une note supérieure à 90 à un vin, ce vin, quel qu’il soit, est presque assuré d’être catapulté vers le succès. Encore cette semaine, la SAQ offre dans ses nouveaux arrivages Celliers des Sélections Parker dans toutes les gammes de prix et ces vins disparaissent à la vitesse de l’éclair des tablettes de ses succursales. Notre précieux conseiller, Steven Molloy en a d’ailleurs recommandé trois dans ses Précieux Conseils de la semaine du 26 janvier 2017.

Le Wine Advocate et l’évolution de Robert Parker

Déjà, en 2012, les bouleversements à la tête du Wine Advocate présageaient une sorte de déclin dans l’image de l’empire.

Robert Parker a graduellement commencé à éliminer la version imprimée du bulletin qu’il avait établi comme une des voix les plus influentes sur le vin. Il avait alors annoncé son intention de démissionner en tant que rédacteur en chef. En plus, la publication, qui était farouchement indépendante, a commencé à accepter de la publicité qui n’était pas liée au vin.

Parker considérait ainsi l’évolution de l’Asie comme premier consommateur de vin et autres produits de luxe. Parker a même vendu une partie importante des parts du Wine Advocate à un trio d’investisseurs basés à Singapour qui ont pris en charge les opérations financières quotidiennes.

Le siège social de la compagnie qui siégeait dans un bureau tout près de la maison de M. Parker au Maryland, s’est déplacé également vers Singapour.

Même s’il s’agit d’une publication de niche, avec seulement 50 000 abonnés qui paient 75 $ par année pour six numéros, un score parfait de 100 points de Parker peut faire la réputation et la fortune d’un vigneron.

Une des plus grandes influences sur le marché du vin

Robert Parker a, presque à lui seul, créé des marchés pour des vins qui étaient autrefois négligés, voire méprisés. Le Châteauneuf-du-Pape n’est qu’un exemple d’une région viticole qu’il a aidé à faire monter vers une classe mondiale. Les prix élevés d’aujourd’hui pour les Bordeaux premiers crus peuvent aussi être attribués à l’influence critique de Robert Parker.

Le Wine Advocate, qui a d’abord été connu sous le nom de Robert Parker’s Wine Advocate et informellement abbrévié TWA ou WA, ou plus récemment RP (depuis que le site Web porte le seul nom de Parker) est une publication bimestrielle.

La naissance d’un oenophile, l’évolution d’un expert

Robert Parker a d’abord développé son intérêt pour le vin en 1967 lors d’un séjour à Strasbourg. Il boit un simple vin de table rouge qu’il avait acheté parce que le coca-cola était plus cher. C’est la révélation d’une passion pour lui, conséquence d’une rencontre avec un alsacien, le docteur Pierre-Bernard Scandella. Il revient ensuite à chaque vacances d’été en France pour parcourir les vignobles.

Dans les années 1970, Parker a vu que l’industrie du vin souffrait d’un manque crucial de critiques de vins indépendants qui n’étaient pas parrainés par les distributeurs ou les établissements vinicoles. Il a publié sa première édition intitulée The Baltimore-Washington Wine Advocate en 1978, à l’origine dans un format bimensuel gratuit. En n’acceptant à l’origine aucune publicité, le bulletin publie au delà de 12 000 évaluations par an, en utilisant un système de notation qui emploie une échelle de qualité de 50 à 100 points. Il l’a ensuite transformé en un périodique par abonnement et, en 1984, son succès était tel que Parker a pu arrêter de pratiquer le droit à plein temps pour se concentrer sur les critiques de vin.

Parker et son Wine Advocate ont d’abord attiré l’attention de la communauté internationale pour leurs prédictions anticipées quant à la qualité des vins de Bordeaux de 1982. L’approbation enthousiaste de Parker a créé un pic d’intérêt des acheteurs américains de vin dans l’achat des options futures sur ce millésime, avant sa mise en vente publique. Cela a eu pour effet d’augmenter considérablement le prix des vins de Bordeaux de 1982. Les abonnements à The Wine Advocate ont continué à croître et, en 1998, la publication comptait plus de 45 000 abonnés dans 35 pays.

En 2000, une version en ligne du magazine a été créée, eRobertParker.com, qui a élargi la portée au-delà du Wine Advocate imprimé. En 2012, le nombre d’abonnés avait augmenté autour de 50,000, dont 80% du lectorat aux États-Unis.

Les préférences Parker

Robert Parker dit préférer les vins qui possèdent les caractéristiques suivantes :

Il n’aime pas uniquement les vins de la région de Bordeaux (où il affichait une préférence marquée pour les merlots du Libournais), puisqu’il a valorisé de nombreux vins de la vallée du Rhône (tout particulièrement des Châteauneuf-du-Pape), auxquels se rajoutent plusieurs vins de Provence ou du Languedoc. Il s’intéresse aussi à d’autres pays producteurs européens comme l’Italie ou l’Espagne.

Par contre il n’a jamais caché son aversion pour le goût des cabernets du Nouveau Monde, le caractère herbacé des rouges de Loire ou l’acidité excessive des blancs d’Amérique. Il est extrêmement critique vis-à-vis des rendements élevés, de l’abus d’engrais, de l’acidification, du collage et du filtrage, qui menacent selon lui la concentration et le caractère des vins.

C’est sans doute pour cette raison qu’il s’est intéressé à la biodynamie, allant jusqu’à développer un vignoble selon ces méthodes qui sont souvent critiquées.

La critique et l’effacement

Ses détracteurs lui reprochent depuis longtemps de contribuer à l’uniformisation planétaire du vin, la « parkerisation » comme ils la surnomment, en imposant ses propres critères de qualité nécessitant l’utilisation quasi systématique de fûts neufs afin de donner une note vanillée aux vins ou encore la micro-oxygénation afin d’arrondir plus rapidement les tannins. Parker s’en est toujours défendu en comparant par exemple le passage en fût de chêne à l’emploi du sel, du poivre ou de l’ail en cuisine. Quant à la standardisation de la vinification, les responsables sont selon lui les producteurs qui ne veulent pas prendre de risques commerciaux pour défendre le caractère original de leurs vins.

Ces critiques et beaucoup de controverses l’ont amené à peu à peu se retirer du champ de la publication pour laisser à ses rédacteurs le rôle plus important de dicter les visions contemporaines du vin.

Pourtant, il restera longtemps une influence majeure dans le monde du vin et son jugement peut encore faire ou défaire un producteur ou un vigneron. En plus, la plupart des sommeliers, conseillers et experts en vins ont été principalement formés à l’école de Parker et contribuent au rayonnement durable de ses principes.

Pour voir les 3 vins de la Sélection Parker du moment choisis par Steven Molloy, c’est ICI.

Une édition imprimée du Wine Advocate

AlfredL'expert en vin.

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