Le bloguepar Alfred
21 mai 2019

Le Vin Rosé n’a rien de Banal

par Pascale Lemieux

Après s’être fait désirer, on peut enfin dire que le beau temps est arrivé! Quoi de mieux pour accompagner nos apéros prolongés sur la terrasse qu’un vin désaltérant, fruité, croquant à souhait, j’ai nommé le rosé! Ce type de vin peut être accessible voire même d’une simplicité déconcertante, autant que l’on puisse retrouver des rosés qui soient dotés de caractéristiques identitaires comme sur les appellations de Bandol ou de Tavel. Pas surprenant que les vins rosés aient de plus en plus la cote chez les consommateurs. Ils sont polyvalents en ce sens qu’ils se prêtent aussi bien pour accompagner les cochonnailles et les petits plaisirs de pique-niques que pour une cuisine plus raffinée. L’arrivage de vins rosés étant vaste durant la saison estivale, non seulement peut-on goûter à des rosés issus des quatre coins du monde, mais il en existe une palette de couleurs des plus variées. Il y en a pour tous les goûts, passant par toute la gamme de prix. La région de Provence mérite qu’on s’y attarde; à elle seule, elle produit 42% de la production de rosé en France et 6% des vins rosés du monde. Toutes catégories confondues, 89% des vins produits sont rosés. Cela explique que l’on décida d’implanter le Centre de Recherche et d’Expérimentation sur le vin Rosé à Vidauban, au cœur de ce vignoble spécialisé.

Sachant que le rituel de dégustation d’un vin commence par l’aspect visuel, l’importance accordée au vocabulaire tient une place de choix dans sa description, tout particulièrement pour les vins rosés tant leur gamme de couleurs est variée. En 2006, le Centre de Recherche et d’Expérimentation du Vin Rosé a mis au point un nuancier des vins rosés de Provence. Après un travail statistique sur 347 vins rosés issus des millésimes 1999, 2000 et 2001, 21 couleurs ont été sélectionnées pour être reproduites sous forme liquide et 9 d’entre elles constituent le prototype du nuancier liquide rosé Provence disponible aujourd’hui. Les termes retenus par les jurys de la dégustation dans la description de la couleur sont : groseille, pelure d’oignon, brique, framboise, chair, bois de rose, saumon, marbre rose et corail. Il est possible de se procurer la version du nuancier papier des différentes teintes de rosés auprès du Centre par une simple demande écrite par courrier, fax ou courriel.

Le rosé est un vin difficile à vinifier et, par le fait même, difficile à analyser. Si vous n’en êtes pas si sûr, essayez d’analyser un rosé à l’aveugle, dans un verre noir préférablement ou les yeux bandés. L’expérience vous initiera à la complexité des vins rosés. Essayez de reconnaître ne serait-ce que la méthode d’élaboration; tout un défi!

Le vin rosé peut être élaboré à partir de trois méthodes. D’abord, il y a le rosé de presse. Ce vin est obtenu par pressurage direct de grappes entières ou éraflées de raisins à la suite de la vendange. Le moût de raisin récolté est ensuite mis en cuve afin de fermenter. Cette technique produit des vins rosés de robe très claire. Ensuite, il y a le rosé de macération. Ce vin est obtenu à partir d’une vendange de raisins noirs qui sont laissés à macérer dans une cuve avant la fermentation (période durant laquelle la peau, la pulpe et les pépins de raisins sont en contact avec le moût). Durant cette période de cuvaison, il y a transmission d’arômes et de pigments au moût de raisin qui est par la suite pressé afin de séparer les parties solides du jus qui est mis seul à fermenter à basse température afin de préserver un maximum d’arômes. Enfin, il y a le rosé de saignée. Ce dernier est fait à partir d’une mise en cuve comme dans le cas du rosé de macération, excepté qu’il est destiné à faire du vin rouge. Ainsi, après quelques heures de macération (6 à 48h en moyenne), la cuve est saignée afin d’en libérer une partie du liquide qui arbore déjà une teinte rosée qui sera vinifiée à part, tandis que le reste de la vendange demeure dans la cuve et sera destiné à produire un vin rouge.

Parmi les appellations à retenir en Provence pour des rosés de qualité, on y retrouve :

Côtes de Provence : cette aire de 20 000 ha consacrée à la vigne en fait la plus importante aire d’appellation de la région. La plupart des vins produits sont des rosés à la couleur très claire élaborés majoritairement à partir des cépages Cinsault, Grenache et parfois Tibouren (cépage indigène qui apporte une certaine complexité au vin, voire des arômes caractéristiques de garrigue).

Bandol : une appellation phare de la région qui porte le nom du port duquel les vins étaient envoyés à l’étranger. Réputés pour produire des vins de garde, les rosés de Bandol sont issus principalement du cépage Mourvèdre. Les vignes sont plantées et exposées plein sud en terrasses, aussi appelées restanques dans le jargon méditerranéen. Les vignes sont vendangées à la main, car la vendange mécanique y est interdite.

Un coup de cœur des rosés de Provence pour moi est le Domaine du Gros Noré sur l’appellation Bandol. Alain Pascal exploite 16 ha de vignes et ne vinifie qu’une cuvée en rouge, en blanc et en rosé. Disponible en petites quantités en SAQ et produit d’importation chez Oenopole. Bonne saison du rosé!

AlfredL'expert en vin.

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