Le bloguepar Alfred
7 mai 2019

Peter Michael, Grands Vins et Pavots

par Le Coureur des Bois Bistro Culinaire

par Sophie Lamontagne, le Coureur des Bois Bistro Culinaire
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Comme plusieurs domaines du Nouveau Monde, l’histoire de Peter Michael Winery en est une toute jeune. Quarante ans ne se sont pas encore écoulés depuis la consécration de ce projet qui habitait celui dont la maison porte le nom, Sir Peter Michael. Si les vins français l’avaient déjà séduit, c’est un véritable coup de foudre qui attendait ce savant Britannique lors d’un concert en Californie; car même si la voix profonde de Peggy Lee avait tout pour l’enivrer, c’est son verre qui aura changé sa vie. Que buvait-il? Un Chardonnay ample et boisé, différent de tout ce qu’il eut l’honneur de déguster auparavant, a ainsi fait naître le rêve de mettre l’opulence en bouteille. Cette opulence, selon Sir Michael, se trouvait en sol américain.

La Knights Valley, située à Sonoma County, est le berceau du domaine. La vue y est spectaculaire; sur l’abrupte face ouest du Mont Saint-Helena jusque dans le cœur de la vallée, la vigne croît sur un sol volcanique propice à engendrer des vins grandioses. Curieux qu’aucun domaine ne s’y soit installé avant les années 1980! Sir Michael, qui vit tout le potentiel de l’endroit, choisit de s’inspirer de Bordeaux et de la Bourgogne, deux régions qu’il affectionne tout particulièrement, et planta principalement quatre cépages sur son domaine : du Sauvignon blanc et du Chardonnay pour ses blancs, du Pinot noir et du Cabernet-Sauvignon pour ses rouges, auxquels s’ajoutent, en plus petite représentation, les autres variétés bordelaises. Les variétés bourguignonnes se prêtent bien aux températures fraîches et aux brumes montagneuses des parcelles élevées en altitude, tandis que les bordelaises mûrissent avec complaisance dans la chaleur du creux de la vallée. Ces microclimats permettent une grande variété de styles dans les vins de la maison, bien que corps et ampleur soient les dénominateurs communs de chacune des cuvées.

Une terre, aussi prometteuse soit-elle, ne peut néanmoins offrir le meilleur d’elle-même sans être prise en charge par des mains de maître. Peter Michael Winery est d’abord une histoire de famille. Sir Michael jouit de l’étroit soutien de son épouse, affectueusement surnommée Lady M, de son fils Paul et de sa belle-fille Emily. Chacun contribue au succès du domaine par son propre champ de compétences, qu’il s’agisse de la gestion de terres agricoles, de l’hôtellerie ou des communications. En plus de l’attachement sincère qui unit la famille au vignoble, leur étroite collaboration s’étend à des gens d’expertise et de passion. Javier Avina supervise les rangs de vigne de son œil expert; celui qui a développé son talent chez Robert Mondavi et Monticello Cellars s’assure que seuls les plus beaux fruits arrivent à Nicolas Morlet, œnologue d’origine champenoise, qui a mené de brillantes études en plus de se bâtir un curriculum vitae de béton en France. Ensemble, cette équipe solide participe à l’exploration de nouveaux terroirs et à l’élaboration de cuvées qui sont, comme s’accordent tous ceux qui ont eu le privilège d’y goûter, tout à fait spectaculaires.

L’Après-Midi

L’Après-Midi porte ce nom, car, selon Sir Michael, le plaisir de déguster cette cuvée par un paresseux après-midi ensoleillé est inégalé. Ce vin d’assemblage est l’un des deux blancs issus de la parcelle les Pavots. Le Sauvignon blanc et le Sémillon poussent de concert avec les autres variétés bordelaises du domaine à environ 350 mètres d’altitude, sur des sols abrupts et bien drainés. La fermentation est effectuée en barriques et se traduit à la dégustation par l’ampleur de ses arômes.

Le millésime 2014 offre un nez aromatique et complexe se résumant difficilement en quelques mots. D’abord, on remarque de généreuses notes de fruits exotiques tels que la mangue et la goyave. Il s’ouvre ensuite vers des arômes de zeste de lime et de citron, puis de chèvrefeuille et, finalement, en faisant place à un nez gourmand doté de jolies notes d’amande, de nougat et d’anis étoilé. La bouche, riche, est équilibrée par la fraîcheur typique du Sauvignon blanc. Il s’agit d’un vin à la texture tout à fait remarquable qui en fera un ami de la table, particulièrement celui de poissons gras comme le thon rouge servi en tataki avec garniture d’agrumes.

Ma Belle-Fille

C’est lors des célébrations de leur quarantième anniversaire de mariage que Sir Michael et Lady M ont dévoilé leur grande cuvée en blanc, appelé ma Belle-Fille en l’honneur d’Emily, l’épouse de leur fils Paul. Celui-ci qualifie ce Chardonnay issu de l’une des parcelles les plus élevées de la maison de complexe, généreux et magnifique : une description qui correspond tout à fait à la mère de ses enfants.

L’important contraste des températures entre les jours et les soirs de 2007 ont permis au raisin d’atteindre un mûrissement optimal et généreux sans pour autant perdre la fraîcheur du fruit. Ce millésime de Ma Belle-Fille s’ouvre sur un nez intense de pêche et d’abricot, de fleur d’oranger, d’acacia et de poire William. La bouche, tout aussi opulente, révèle quant à elle des notes de meringue, de camomille et d’amande. Il s’agit d’un vin séduisant, dont la finale soutenue permet d’apprécier le plaisir de la dégustation longtemps, longtemps…

Les Pavots

Cette cuvée est sans conteste le fer de lance de la maison Peter Michael. Si de nombreux vignobles plantent des rosiers à la tête de leurs rangs de vigne, ici, les pavots sauvages poussent librement et agissent comme des sentinelles, laissant voir à Avina et son équipe tout risque possible pour le raisin par leur flétrissement. Pourquoi des pavots? Simplement parce que cette parcelle homonyme — la première plantée du domaine située à environ 425 mètres d’altitude — en était couverte lorsque Sir Michael la vit pour la première fois. Cette image l’a marqué au point où on en retrouve un dessiné sur l’étiquette de chacune des cuvées de la maison.

Essentiellement constituée de Cabernet-Sauvignon, la cuvée les Pavots est souvent complétée par un assemblage de Cabernet franc, de Merlot et de Petit verdot selon le millésime.

Le millésime 2011 saura charmer quiconque avec sa densité et sa profondeur. Sous de gourmands arômes de baies telles la fraise, la mûre et le cassis s’expriment des notes de vanille de Madagascar et de clou de girofle qui révèlent un élégant élevage en fût de chêne, puis d’huile de truffe noire, de cacao et de cigare. Suit ensuite un nez évoquant davantage la terre qui ne va pas sans rappeler la garrigue provençale, les feuilles mortes et le graphite. Sa bouche est ronde et ample, aussi complexe qu’à l’olfaction et pourvue d’une finale qui, ironiquement, paraît sans fin. Les Pavots 2011 se déguste magnifiquement aujourd’hui, mais il s’agit d’une cuvée qui pourrait aisément reposer une autre décennie avant d’être débouchée. C’est non seulement un vin de garde, c’est un grand vin dont la dégustation rime avec émotion.

AlfredL'expert en vin.

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