Le bloguepar Alfred
10 septembre 2019

Visiter une distillerie au Québec

par Eric Van Hove

Vous le voyez dans les nouvelles, sur Facebook ou en entendez parler par des amis, il y a de nouvelles distilleries qui ouvrent partout au Québec. Est-ce qu’on peut les visiter ? Est-ce que ça vaut la peine de les visiter ?

Pour nous, adeptes de whisky, il faut dès le départ préciser que toutes les distilleries ne font pas (ou pas encore) de whisky. Pour survivre, les distilleries doivent trouver des sources de revenus le plus rapidement possible après leur ouverture. Une liqueur, une vodka ou un gin n’a pas l’obligation d’être vieilli avant d’être vendu : c’est donc le passage obligé, ou presque, pour les distilleries qui veulent éventuellement faire du whisky, qui lui doit être vieilli 3 ans avant de s’appeler whisky. Seules la maison Sivo et la Distillerie 1769 ont pour l’instant des whiskies sur le marché. Pour nous faire patienter, quelques autres ont sorti des « moonshine », qui est une base de whisky pas encore vieillie le minimum requis pour prendre le nom.

Qu’est-ce qu’on voit quand on visite une distillerie ? Pas grand-chose. Soyons honnêtes, des sacs de grains, des tuyaux et des citernes, le ou les alambics de distillation et des barils (pour ceux qui font vieillir). Alors quel est l’intérêt de faire une visite ?  C’est de parler avec les gens. Pour la plupart, ce sont encore de très petites distilleries et les propriétaires et/ou le maître distilleur n’est jamais loin. 

Si vous posez les bonnes questions et que vous vous montrez intéressé à comprendre, vous aurez peut-être la chance d’avoir une visite vraiment intéressante. Quel grain est utilisé et d’où vient-il ? Comment la fermentation est-elle faite? Est-ce que des expériences ont été réalisées avant de trouver la recette actuelle (durée et température de chauffe) ? Quel type de levures est utilisé ? Ont-ils fait des tests avec d’autres levures ? Quelle est la différence de résultats ? D’où vient l’alambic ? Qui a décidé de sa forme et de sa conception ? Pour les gins, quels sont les aromates utilisés ? Pour les whiskies, comment est-ce que les fûts de vieillissement sont sélectionnés ? Combien de fois par mois/année font-ils le tour pour goûter l’évolution du produit ?  Quelles sont les expériences/recettes spéciales actuellement en vieillissement ?

Portez aussi attention aux odeurs durant votre visite : vous les retrouverez peut-être dans le produit que vous gouterez plus tard.  Et si vous êtes comme moi, vous aurez un sourire plus tard, chez vous en ouvrant une bouteille, parce que l’odeur vous rappellera instantanément des souvenirs agréables de votre visite.

Évidemment, après la visite, vous aurez la possibilité de goûter à certains ou à tous leurs produits actuellement en vente. Mais ce qui est encore plus intéressant, c’est la possibilité de goûter à des produits uniques, quelquefois directement des fûts de vieillissement.

Lors d’une visite au Nouveau-Brunswick plus tôt cet été, j’ai eu le plaisir de passer plus d’une heure avec Sébastien Roy, maître distilleur et propriétaire de la distillerie Fils du Roy. Ce fut un moment vraiment intéressant qui m’a permis de comprendre l’âme même de la distillerie et de découvrir un vrai passionné de son travail. Au cours de l’heure passée avec lui, il a répondu avec autant de passion à des gens qui l’interpellaient dans le magasin et à des questions des gens qui passaient à côté de nous lors de leur visite des lieux.  Un vrai amoureux de ses produits et de ses clients.  Je dois aussi parler de l’accueil vraiment agréable par tous les employés.  Si vous allez en Acadie, vous devez faire le détour et visiter cette distillerie.

Lors de cette visite, où j’ai finalement passé plus de 2h30 à la distillerie, j’ai eu la chance de goûter à des produits fantastiques dont j’espère pouvoir un jour acheter une bouteille. Ils préparent entre autres un gin fait à partir d’orge malté et vieilli en fût (sublime), un whisky single malt très tourbé (que j’ai goûté à plus de 70% abv : juste merveilleux) et un whisky dont le procédé d’embouteillage est une nouveauté canadienne. Mais ça… il m’a demandé de ne pas en parler tout de suite.

Donc, si l’envie vous prend lors de vos prochaines vacances ou de votre prochaine longue fin de semaine de visiter nos artisans locaux, voici une liste de quelques distilleries au Québec. Allez jeter un coup d’œil à leur site web, voyez si leurs produits vous intéressent et voyez les heures d’ouverture qui sont très variables selon la grosseur de l’entreprise. 

 

 

 

 

 

 

Dernier élément : les lois permettent, depuis juillet 2018, la vente des produits directement à la distillerie. Mais ne pensez pas faire une bonne affaire et faire des provisions « pas chères » : le prix est le même qu’en SAQ. Même si la SAQ ne fait pas de transport, d’entreposage et de vente, la société d’État exige le même montant de taxes et de frais aux producteurs. Dommage, ça aurait été au moins intéressant pour le producteur de pouvoir faire un peu plus de profits. 

Soyez prudent si vous dégustez quelques spiritueux sur place : prévoyez un chauffeur désigné. 

Bonne visite !

AlfredL'expert en vin.

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